À L'ASSAUT DU MONT MISEN ! (OU PRESQUE)

En traversant le bras de mer séparant Honshu de Miyajima, la silhouette boisée du Mont Misen, qui culmine à environ 535m, est la première vision que vous aurez de l'île. Son ascension est une expérience qui revêt une dimension à la fois culturelle, spirituelle... et physique ! Elle offre, de surcroît, un panorama spectaculaire sur la mer intérieure de Seto et son chapelet d'îles.
Malgré cette introduction pleine de promesses, mon expérience de voyageuse n'a pas été aussi parfaite que je l'aurais souhaité... en grande partie de ma faute, il faut bien l'admettre. Soyons honnête : j'ai foiré mon ascension du Mont Misen. Je ne suis pas arrivée jusqu'au sommet, malgré un bel effort physique sur le dernier tronçon, si bien que j'ai le sentiment d'avoir raté quelque chose, même si j'en garde globalement un très bon souvenir.
Installez-vous bien confortablement, je vous raconte tout...

Vue sur la mer intérieure de Seto, observatoire de Shishiiwa, mont Misen, Miyajima

Belle rencontre sous les érables

Petite remise en contexte : après avoir participé à un atelier culinaire autour du momiji manjû, LA spécialité emblématique de Miyajima, Noriko et moi mettons le cap sur le parc Momijidani, étape incontournable de l'ascension du mont Misen en téléphérique. Il est plus de 15h, le dernier téléphérique retour est à 17h... vous me voyez venir n'est-ce pas ?
Sur le trajet vers le parc, nous croisons bien-sûr des hordes de touristes et... un troupeau de biches peu farouches. Impossible de ne pas craquer devant la bouille adorable des faons, qui vous regardent avec douceur.

Biches à Miyajima, Hiroshima-ken Faon, Miyajima, Hiroshima-ken
Portrait de faon, Miyajima, Hiroshima-ken

Comme le parc de Nara (où je me suis rendue en avril 2016), l'île de Miyajima est peuplée de cerfs japonais (nihonjika) évoluant en totale liberté. S'il n'est pas rare de pouvoir en observer à l'état sauvage lors de l'ascension du Mont Misen à pied, les espaces urbains à eux seuls compteraient près de 200 individus, largement acclimatés à la présence humaine. Il est donc possible de les approcher de très près, voire de les caresser.
À Nara, on pouvait acheter des petits biscuits pour les nourrir, mais je n'ai rien vu de tel à Miyajima, et ce n'est sans doute pas plus mal : un programme de régulation est en cours, pour limiter leur prolifération dans les espaces urbains. 

Le parc Momijidani

Le parc Momijidani en lui-même ressemble davantage à un sous-bois qu'à un "parc" tel qu'on pourrait le concevoir en Occident. Le jour de mon passage, le pic de coloration des momiji n'était pas encore à son apogée, à quelques exceptions près. Des carpes multicolores ondulaient dans l'eau limpide.

Carpes multicolores dans le parc Momijidani, Miyajima, Hiroshima-ken Parc momijidani en automne, Miyajima, Hiroshima-ken

Il est assez surprenant de constater comme la coloration peut évoluer d'un arbre à l'autre, au sein d'un environnement pourtant strictement similaire : quand certains érables sont d'un rouge éclatant, d'autres sont encore verts, tandis que d'autres encore sont déjà en train de perdre leurs feuilles, devenues marrons et cassantes.

Pont et torii, parc Momijidani, Miyajima, Hiroshima-ken Feuillages d'automne, parc Momijidani, Miyajima, Hiroshima-ken
Momiji rouges, Miyajima, Hiroshima-ken

Je n'avais pas d'attentes particulières sur le parc Momijidani, je n'ai donc pas été déçue, ni spécialement emballée. L'endroit se traverse relativement vite et ne m'a pas vraiment marqué, si ce n'est par son cadre apaisant, qui tranche avec l'ambiance de la zone commerçante. Mais il n'est pas tranquille pour autant !
L'accès au téléphérique se trouvant au milieu du parc, j'y ai croisé beaucoup de personnes revenant de leur propre ascension. Parmi elles : une famille thaïlandaise rencontrée le matin-même à l'auberge de jeunesse (un couple âgé accompagné de son fils d'une vingtaine d'années).
Si je m'en souviens si bien, c'est qu'ils m'avaient fait forte impression : j'avais salué la mère dans la cuisine et elle avait littéralement pris la fuite en m'entendant parler anglais, l'air très mal à l'aise. J'ai cru avoir dit ou fait une bêtise, je n'en menais pas large. Le fils est descendu quelques minutes plus tard pour excuser sa mère : ne parlant pas un mot d'anglais, elle ne savait pas quoi me répondre. Nous avons discuté un peu, notamment de notre future journée à Miyajima.
J'étais donc ravie de les recroiser, mais le jeune homme sembla surpris de me voir commencer l'ascension si tard dans la journée. Il me conseilla de me dépêcher si je voulais atteindre le sommet, ce qui me mit un premier "coup de pression" : il était 15h30, et l'ascension risquait visiblement d'être plus longue que prévue.

Ascension en téléphérique

N'y allons pas par quatre chemins, le coût de l'ascension du mont Misen en téléphérique n'est pas donné : ¥1800 par adulte pour un aller-retour (¥900 par enfant), ¥1000 par adulte pour un aller simple (¥500 par enfant). A l'heure de mon arrivée, il n'y avait pas tellement de monde, mais il faut savoir que la montée se fait en deux parties, et que la correspondance peut donner lieu à quelques bouchons. Heureusement, ce désagrément est largement compensé par la vue que vous pourrez admirer, en particulier sur le deuxième tronçon (si vous êtes du bon côté et que votre visage n'est pas trop écrasé contre la vitre).

Billet de téléphérique pour le mont Misen, Miyajima, Hiroshima-ken Téléphérique surplombant la forêt, Miyajima, Hiroshima-ken

La première partie de l'ascension, qui va de la station Momijidani à la station Kayatani, s'effectue dans une petite cabine de 6 places, où vous serez confortablement assis et pourrez contempler la forêt en contrebas. Longtemps préservée de toute activité humaine, cette dernière a été inscrite au Patrimoine Mondial de l'UNESCO en 1996, en même temps que le sanctuaire Itsukushima
La deuxième partie, allant de la station Kayatani à la station Shishiiwa, se fait dans une cabine de téléphérique plus grande, pouvant accueillir une bonne dizaine de personnes (minimum), pressées l'une contre l'autre comme dans un métro à l'heure de pointe. Elle offre un panorama exceptionnel sur la mer intérieure de Seto ! Vous étiez mal placé dans le téléphérique ? Pas de panique, vous pourrez profiter de la vue un peu plus loin...

L’observatoire de Shishiiwa

Nous voici donc à la station de téléphérique de Shishiiwa, et le sommet du mont Misen n'a jamais été aussi près ! En quittant le petit bâtiment (qui dispose de consignes à bagages extrêmement utiles), on peut rejoindre l'observatoire éponyme en tournant immédiatement à gauche.

La stèle de l'observatoire Shishiiwa sur le mont Misen, Miyajima, Hiroshima-ken
Vue sur la mer intérieure de Seto depuis l'observatoire de Shishiiwa, Miyajima, Hiroshima-ken

Comme indiqué sur la stèle de pierre, l'observatoire fait partie des équipements du Parc National de Seto Naikai, qui s'étend sur tout le pourtour de la mer intérieure de Seto, du Kansai à l'île de Kyushu. La vue y est absolument sublime, bien que mes photos ne lui rendent pas justice !
De l'observatoire en lui-même, la vue s'étend de la Baie d'Hiroshima aux îles de la mer intérieure : Ninoshima, Nômishima, Onasabishima... Grandes îles et petits cailloux solitaires s'égrènent jusqu'à l'horizon, où ils se fondent petit à petit dans le bleu du ciel. Je pourrais rester là des heures, à observer leurs silhouettes brumeuses, mais le temps file à toute vitesse !
On touche là à mon plus grand regret, concernant cette ascension : la pression incessante du chronomètre.

Une (demi) ascension mouvementée

À partir de la station Shishiiwa, on rattrape l'un des sentiers de randonnée menant au sommet du Mont Misen sur la droite. La promenade se transforme alors en une épreuve physique éprouvante pour le visiteur trop pressé, le long d'un sentier constitué de nombreux escaliers qui montent (souvent) et descendent (parfois). 
En vérité, la randonnée n'est pas si difficile que ça : le problème, c'est de devoir la faire au pas de charge, tandis que la sirène indiquant l'imminence de la fin du service de téléphérique se met à retentir, à intervalles réguliers.

Panneau de randonnée sur le mont Misen, Miyajima, Hiroshima-ken Sentier de randonnée sur le mont Misen, Miyajima, Hiroshima-ken

Plus on cherche à atteindre un lieu, plus il semble s'éloigner. Avec Noriko, nous convenons finalement de ne pas aller au-delà du premier temple, mais il est hors de question pour nous de descendre sans l'avoir vu ! La petite phrase だいじょうぶ です ("daijôbu desu, ça va aller") devient notre mantra. C'est drôle et épuisant à la fois !

Grandes îles et petits cailloux solitaires s'égrènent jusqu'à l'horizon, où ils se fondent petit à petit dans le bleu du ciel. J'aurais pu rester là des heures, à observer leurs silhouettes brumeuses...

Beaucoup d'efforts et de transpiration plus tard, notre persévérance finit par payer ! Nous nous trouvons enfin aux abords d'un temple bouddhiste, et pas n'importe lequel : le Reikado, qui abrite la Flamme Éternelle de Kobo Daishi. Il fait partie du temple Daisho-in.
Ce feu sacré, qui brûlerait depuis 1200 ans, alimente notamment la flamme du Parc de la Paix à Hiroshima. Une légende raconte que l'eau chauffée sur ce feu serait en mesure de guérir toutes les maladies.

Escalier Reikado, mont Misen, Miyajima, Hiroshima-ken Pierres empilées sur le mont Misen, Miyajima, Hiroshima-ken
Statuettes bouddhistes, Miyajima, Hiroshima-ken Reikado, Miyajima, Hiroshima-ken

Malgré la fatigue, je suis fière d'être parvenue à atteindre ce premier palier, et d'avoir vu le Reikado. J'aimerais aller plus loin, mais il est à présent 16h30 et il nous faut refaire le chemin en sens inverse, pour espérer attraper le dernier téléphérique... au risque de devoir redescendre la montagne à pied, à la tombée de la nuit. 
Le temps de retrouver notre souffle et de savourer cette petite victoire, Noriko et moi sommes déjà de retour sur le sentier tortueux, fatiguées, heureuses et déçues tout à la fois. 
À notre grand soulagement, nous arrivons à la station Shishiiwa dans les temps, mais sans avoir rien savouré de la descente, ce qui reste encore aujourd'hui un énorme regret pour moi. Voilà pourquoi j'espère avoir un jour une deuxième chance de découvrir Miyajima et surtout le mont Misen, sur un rythme plus serein.

Descente en téléphérique à la tombée de la nuit, Miyajima, Hiroshima-ken

Miyajima by night

De retour sur la terre ferme, il fait déjà presque nuit sur Miyajima. Le soleil tombe si vite au Japon que s'en est presque surnaturel ! Le parc Momijidani s'assombrit doucement, les feuilles mortes et les brindilles craquent sous nos pas.
Heureusement, d'autres voyageurs suivent le même itinéraire que nous : leurs silhouettes, soulignées par la lumière bleue des téléphones portables, avancent en file indienne dans la pénombre, devant et derrière nous.

Une lanterne dans le parc Momijidani, Miyajima, Hiroshima-ken
Rue commerçante à la nuit tombée, Miyajima, Hiroshima-ken
Illumination nocturne du grand torii, Miyajima, Hiroshima-ken

À la nuit tombée, Miyajima révèle son autre visage, plus mystérieux. Je me prends à envier les visiteurs qui passent la nuit sur place, mais mon ferry m'attend déjà. Il est temps de dire au revoir au grand torii, à la montagne, aux biches, et de revenir à la réalité. Bonne nuit Miyajima... et à la prochaine fois !


8 commentaires

  1. Je regrette pour toi Cecilia, mais tu as aussi une autre excuse pour retourner à Miyajima ;)
    Merci pour avoir decrit si bien ton voyage sur l'ile.

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    1. Tout à fait Hachi, j'espère bien y retourner et l'excuse est toute trouvée ;)

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  2. C'est dommage. Pour avoir eu l'occasion de faire l'ascension jusqu'en haut, je peux te dire que tu ne regretteras pas ta prochaine tentative ;-)
    Pour la prochaine, je te recommande vivement de passer une nuit (au moins) sur cette île ; c'est génial de déambuler dans les rues vidées des visiteurs de la journée. On y fait des rencontres surnaturelles !
    Merci pour ton récit en tous cas ; ça m'a rappelé de bons souvenirs.

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    1. Contente de t'avoir rappelé de bons moment Cécile, effectivement je pense que j'essaierai d'y rester plus longtemps, car l'endroit mérite d'être exploré calmement. Avec le recul, je réalise que je me suis mis beaucoup de pression sur cette excursion, et j'espère que la prochaine fois sera plus sereine, maintenant que j'ai expérimenté les activités qui me tenaient le plus à coeur.

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  3. Tu es désormais prévenue pour la prochaine fois! Toutefois... c'est déjà une chance de l'avoir vu, même en coup de vent! Je me suis régalée avec tes photos!
    Croiser de biches à l'état sauvage ça doit être quelque chose... j'ai vraiment hâte de voir cela de mes propres petits yeux!! >_<
    Merci pour cette "demi" ascension Céci! Un vrai plaisir!

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    1. Aha merci de ce commentaire si positif Yo Yo, effectivement je n'ai pas à me plaindre, et la demi-ascension m'a quand-même réservé de chouettes moments, en particulier à l'observatoire de Shichiiwa où la vue était vraiment à couper le souffle !
      Les biches, ça fait vraiment partie des souvenirs qui marquent au retour de voyage : ajoute-les vite dans ta liste, allez hop hop hop !

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  4. Oh, quel dommage... Mais se sera pour une prochaine fois. Pour ma part je l'ai grimpé en août 2011. Ce fut une aventure. J'étais partie pour prendre le téléphérique, mais il était en maintenance et donc je me suis dite : allez 1km d'ascension quand on vit dans une région de montagne, c'est rien... bein non, c'est du costaud, des marches super hautes à certain endroit, un pente raide parfois. Mais arrivé au temple puis au sommet... quel bonheur. Vos photos me rappellent mon voyage. Merci.
    P.S. : j'ai fait le retour à pied :-P

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    1. Ouaaah, du coup j'ai intérêt à bien me préparer physiquement pour la prochaine fois !!!
      Contente de t'avoir rappelé de bons souvenirs en tout cas :)

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