USA-JINGÛ À LA LUEUR DES LANTERNES


Usa-jingû à la lueur des lanternes, Oita

Depuis la gare de Beppu, il ne faut pas plus de 30 minutes en train express pour rejoindre la ville d'Usa, au coeur de la péninsule de Kunisaki. Cette région est encore assez peu connue des touristes occidentaux, d'autant que la plupart de ses curiosités touristiques ne sont pas directement accessibles en train.
Ce matin-là, la météo semble bien décidée à ajouter une difficulté supplémentaire à l'équation : pluie et brouillard m'accompagnent en excursion, me voilà bien entourée ! À peine sortie de la petite gare d'Usa, je réalise que le bus-navette amenant les voyageurs jusqu'au sanctuaire est parti il y a quelques minutes, et que le prochain n'est pas prévu avant une heure au moins. Décidément !!! Je décide donc de m'offrir un luxe : celui de prendre le taxi. Dix minutes plus tard, me voici enfin à destination, prête à explorer le plus grand sanctuaire dédié à la divinité Hachiman de tout le Japon

Brume, silence et grands espaces

Rappelez-vous : lors de mon article dédié au sanctuaire Iwashimizu Hachiman-gû de Yawata (préfecture de Kyoto), je vous avais fait part de mon envie de visiter Usa-jingû, dédié à la même divinité. Il faut dire qu'Iwashimizu Hachiman-gû m'avait émerveillée, il fait d'ailleurs toujours partie de mon top 5 personnel des plus beaux sanctuaires du Japon.

Avant ce troisième séjour au Japon, je n'aurais jamais imaginé être capable de voyager seule, et pas un seul instant cette solitude ne m'a effrayée une fois sur place... sauf à Usa-jingû. 

Me voilà donc à l'entrée d'Usa-jingû, et mon impression est déjà bien différente : nimbé de brume, ses larges allées complètements vides et silencieuses, le vaste complexe arboré m'impressionne, m'écrase par son immensité. Je me sens toute petite, comme happée par ses interminables perspectives.  

Pont vermillon, sanctuaire Usa-jingû, Oita Komainu, sanctuaire Usa-jingû, Oita
Plaque d'égout, sanctuaire Usa-jingû, Oita
torii monumental, sanctuaire Usa-jingû, Oita

Le pont traversé, le premier torii (immense) franchi, je commence à prendre la mesure des lieux. Intimidée, je longe les grandes allées pour me réfugier dans les recoins plus boisés. C'est la première fois de ma vie que je ressens un tel vertige des grands espaces ! Mon cerveau s'attarde donc sur les petits détails, comme pour se rassurer : mousses sur les toits, lanternes et feuilles rougeoyantes...

Lanterne et momiji, sanctuaire Usa-jingû, Oita
Petit pavillon, entrée du sanctuaire Usa-jingû, Oita Toit recouvert de mousse, détail, sanctuaire Usa-jingû, Oita

La brume s'accentue de minute en minute. Un peu plus loin, je rejoins les abords d'un vaste étang peuplé de colverts et de lotus mourants. L'ambiance est singulière, pour ne pas dire franchement mélancolique. La pluie n'a pas l'air décidée à s'arrêter, pourvu que je ne prenne pas froid !

Fruit du lotus, sanctuaire Usa-jingû, Oita Etang dans la brume, sanctuaire Usa-jingû, Oita
Colverts dans l'étang, sanctuaire Usa-jingû, Oita

Encore un espace découvert : une vaste cour abritant quelques bâtiments, dont la boutique d'amulettes et le guichet des goshuin (calligraphies porte-bonheur). Je m'y arrête quelques minutes, le temps de compléter ma collection (et de parler à un autre être humain, n'importe qui). Puis, tout à coup, la végétation se fait plus dense.

Grande cour centrale, sanctuaire Usa-jingû, Oita

Méditation sous les arbres

À l'ombre des érables centenaires dont les feuilles mortes forment un tapis coloré sur le sol, je commence enfin à me sentir à l'aise. Les lanternes bordant le grand escalier qui mène au coeur du sanctuaire sont toutes allumées, sans doute à cause de la brume. L'atmosphère est poétique, mystérieuse.

Lanterne de pierre, sanctuaire Usa-jingû, Oita Grand escalier, sanctuaire Usa-jingû, Oita Chemin boisé, sanctuaire Usa-jingû, Oita
Lanterne, sanctuaire Usa-jingû, Oita

L'ascension n'est pas spécialement fatigante, le cadre boisé est enchanteur. Tout en poursuivant mon chemin, je prends le temps d'admirer le rouge flamboyant des érables, et de réfléchir. Pourquoi étais-je si mal, quelques instants plus tôt ? Je suis sans doute un peu agoraphobe.

Lanterne et momijo rougeoyant, sanctuaire Usa-jingû, Oita Torii dans la brume, sanctuaire Usa-jingû, Oita

On se découvre davantage à chaque voyage il me semble, c'est aussi ce qui fait la beauté d'une telle expérience. Avant ce troisième séjour au Japon, je n'aurais jamais imaginé être capable de voyager seule, et pas un seul instant cette solitude ne m'a effrayée une fois sur place... sauf à Usa-jingû. Perdue dans ses vastes allées, à découvert et sans âme qui vive à l'horizon, je m'y suis sentie étrangement vulnérable. J'imagine que la tristesse de cette météo sinistre n'a pas arrangé les choses. Et pourtant, c'est bien grâce à elle que j'ai pu voir le coeur d'Usa-jingû à la lueur des lanternes. Et c'était vraiment beau !

À la découverte d'un Trésor National

Plus qu'une volée de marches, et nous y voilà enfin : le coeur du sanctuaire, fondé au 8e siècle. Ici, tous les bâtiments sont ornés d'or et de bois vermillon. Je retrouve enfin l'atmosphère si caractéristique qui m'avait tant séduite à Iwashimizu Hachiman-gû.
Le honden (bâtiment principal) est classé Trésor National du Japon : on comprend aisément pourquoi en s'attardant sur ses petits détails architecturaux. Dans la cour, un arbre magnifique semble protéger les lieux de son imposante ramure.

Calebasse, sanctuaire Usa-jingû, Oita Détail du honden, sanctuaire Usa-jingû, Oita
Pluie sur les toiture du honden, sanctuaire Usa-jingû, Oita
Honden, sanctuaire Usa-jingû, Oita

Je crois que j'aurais pu passer des heures à admirer ce bâtiment aux couleurs flamboyantes et à la silhouette élancée. La visite terminée, il me semble qu'il est possible de redescendre par un escalier escarpé situé face au honden, mais je ne prendrai pas le risque : après être tombée quatre fois au cours de mon voyage, dont trois fois sur des dalles lisses et humides à cause de la pluie, je préfère jouer la sécurité et rebrousser chemin en suivant le même itinéraire qu'à l'aller.

ema, sanctuaire Usa-jingû, Oita

Aujourd'hui encore, je ne regrette pas d'avoir su dépasser ma première impression sur Usa-jingû. L'endroit est impressionnant et dégage une aura vraiment particulière. Notez que ce sanctuaire est l'un des quatre plus grands dédiés à Hachiman, divinité guerrière. En plus d'Iwashimizu Hachiman-gû à Yawata (fondé en 859), il en existe un autre à Fukuoka (Hakozaki-gû, dont je vous parlerai dans un prochain article) et Tsurugaoka Hachiman-gû, à Kamakura.


6 commentaires

  1. quelle belle excursion! Je trouve un certain plaisir à regarder la Japon sous la pluie. Je ne serais pas trop dire pourquoi mais comme tu le dis, il y a une atmosphère particulière qui me fait un peu rêver. C'est bizarre non? En tout cas, c'est vraiment un chouette endroit. Ton écriture est vraiment sublime, encore BRAVO! Merci pour la petite balade ;)

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    1. Tu as parfaitement raison Yoyo, le Japon a du charme quelle que soit la météo et cette balade sous la pluie me l'a une nouvelle fois confirmé. Vraiment contente d'avoir réussi à te transmettre cette émotion si particulière :)

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  2. Je suis sur le c*** devant chaque photo. Les couleurs sont vraiment superbes et cette brume ambiante a encore accentué le brillant des feuilles d'érables. Merci pour cette belle balade !

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    1. Aha merci, j'avoue que j'ai trouvé ce lieu très photogénique moi aussi. Le brouillard donne un côté très mystérieux à ce sanctuaire.

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  3. Encore une belle découverte ! L'atmosphère est vraiment différente sous la pluie ou le soleil ; c'est intéressant non ? J'ai toujours plaisir a redécouvrir des endroits déjà visités (au Japon ou ailleurs) pendant une autre saison ou sous la pluie. Les sensations sont différentes, c'est chouette de se laisser porter par elles.
    Merci pour ce récit délicat agrémenté de belles photos (๑★ .̫ ★๑)

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    1. Merci Cécile, effectivement un même lieu peut dégager une atmosphère extrêmement différente selon la météo. J'aimerais beaucoup revoir Usa-jingû sous le soleil d'ailleurs, avec plein de monde dans les allées et les lotus fleuris (j'ai vu quelques photos sympas). Ça changerait radicalement mon ressenti je pense.

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